Avril 2012
Portraits croisés de Didier Versavel, Designer et de Fabien Bouton, Consultant en écodesign au cabinet Evéa.
Rencontre avec Didier Versavel :
MVD : Bonjour Didier, votre style, reconnu dans la profession, apporte de la créativité aux fabricants de mobilier et décoration. Vous définissez-vous comme Designer ou Eco-designer ?
DV : Idéalement on ne devrait pas avoir à faire la distinction. Mais pour l’heure, disons que je suis un designer soucieux de l’environnement. Il est en toile de fond, très présent sans être le biais par lequel j’aborde mes projets. L’aspect environnemental ne gouverne pas ma démarche créative mais il l’oriente en me faisant préférer des collaborations avec des manufactures locales et de qualité ou distributeurs attentifs à un sourcing FSC.
MVD : Votre nom figure au catalogue des 3 Suisses, une enseigne qui a travaillé sur l’éco-conception et dont certains meubles sont certifiés FSC.
Pourquoi avoir fait le choix de collections Eco-Friendly pour de grandes marques ?
DV : Je ne parlerais pas de choix mais d’opportunité. Une opportunité de développer une filière « Eco-friendly » qu’elles ont montée il y a 4-5 ans maintenant pour des raisons en partie marketing … qui ont eu l’avantage indéniable de diffuser largement la question environnementale. Aujourd’hui il y a une volonté de donner à cette filière une véritable identité, un véritable sens. En créant des collections de caractère, je suis ravi de participer de cette évolution.
MVD : En est-il de même avec les petites et moyennes industries que vous côtoyez ?
DV :Ici il ne s’agit ni d’un choix ni d’une opportunité. Cela se fait quasi naturellement. La plupart des manufactures avec qui je travaille ont des savoir-faire issus de la tradition et sont, par conséquence, pleines de bon sens vis à vis du respect des ressources et impacts environnementaux et humains. L’apparition de produits alternatifs tels que les panneaux de particules à faible teneur en COV complète le tableau … qui manque malheureusement de visibilité et de communication.
MVD : A ce titre, percevez-vous un développement de l’offre de mobilier et décoration plus respectueux de l’Homme et de la Planète ?
DV : Oui … et non. La question environnementale est enfin présente chez les fabricants. Malheureusement, ils ne savent pas encore vraiment la traiter et la valoriser auprès d’un réseau commercial qui ne sait pas à son tour répercuter les efforts environnementaux. On assiste actuellement sur le marché à un paradoxe à vouloir tirer les prix au plus bas en souhaitant que la qualité augmente …





MVD : On comprend que le consommateur manque de repères. Quelles seraient selon vous les solutions à leur apporter ?
DV : En fait il me semble qu’il manque une charte ou une norme reconnue à laquelle tout le monde pourrait se référer en ameublement. En architecture il y a la norme HQE (Haute Qualité Environnementale) avec 14 cibles établies. Elle est discutable mais crée un système de comparaison pour tout nouveau bâtiment. Il serait intéressant d’avoir l’équivalent en ameublement. Le Label FSC est une piste mais il ne prend en compte que la production du produit en bois. Et l’aspect « vie du produit » (émissions COV, recyclage en fin de vie, etc.) n’est pas intégré non plus.
MVD : Vous écrivez des chroniques dans « Le Journal des Femmes ». Selon vous, quel regard portent les femmes sur l’environnement ?
DV : A vrai dire je ne saurais pas dire si les femmes sont plus sensibles à la question environnementale. En revanche quand elles le sont, je suis convaincu qu’elles agissent avec plus de vigueur et de concret.
MVD : Etre Designer, c’est percevoir les tendances qui feront le monde de demain. Pour conclure pourriez- vous nous aider à décrypter l’évolution des tendances ?
DV : Les nouvelles technologies modifient considérablement notre environnement et notre rapport aux objets. Les produits « tout en un » (Smartphones, Box, … ) et la dématérialisation (musique en ligne, vidéo à la demande, etc) libèrent nos espaces et invitent à repenser le mobilier. Je pense toujours aux range-CD qui n’ont plus beaucoup lieu d’être. Ces nouveaux moyens de communication changent également nos modes de fonctionnement. Le travail à distance, chez soi, va certainement se développer. L’espace domestique dédié à cela va devoir être reconsidéré.
Les grandes tendances de demain vont donc être liées à ces nouvelles technologies : soit en association, soit en réaction avec envie de plus de nature et « de matière ».
Un grand merci à Didier Versavel d'avoir consacré du temps à cet entretien.

ECO-CONCEPTION... vous avez dit Eco-conçu ?
Explication par Fabien Bouton, Consultant en écodesign.
MVD : Bonjour Fabien, pourriez-vous nous éclairer sur l’éco-conception ? En quoi cela consiste t’il ?
FB : L’éco-conception consiste à limiter l’impact environnemental d’un produit ou d’un service le plus en amont dans le processus de conception, par une approche en cycle de vie.
MVD : Comment fait-on pour y arriver ?
FB : Nous suivons une méthodologie en 3 phases. La première consiste à dresser l’état des lieux. Pour un produit/service existant (ou un nouveau) nous procédons à son évaluation environnementale à travers son ACV (Analyse de Cycle de Vie, voir schéma ci-contre). D’un spectre large nous pouvons zoomer sur un matériau, un composant, une finition d’un meuble ou l’usage même du meuble.
Nous pouvons ainsi nous concentrer sur le produit ou son usage qui est le plus impactant.
MVD : Une fois que l’on a identifié les facteurs impactants, que peut-on faire ?
FB : Avec les données récoltées, nous entrons dans la deuxième phase. Nous pouvons construire des scénarios alternatifs pour remplacer un composant ou allonger la durée de vie du produit. Notre expertise nous permet d’être vigilants sur le déplacement de pollution en amont ou en aval.
MVD : Vous voulez dire qu’il faut éviter que la même quantité de polluants ou facteurs impactants soient simplement déplacés chez un fournisseur ou chez le consommateur ?
FB : C’est bien cela. Et pour cela nous devons nous adapter aux contraintes ergonomiques, à la fonctionnalité et à l’usage qui sera fait du produit pour trouver de nouvelles solutions. Exemple : l’entretien d’un meuble pour garantir sa durée de vie.

Analyse de Cycle de Vie

MVD : Si je comprends bien l’éco-design permet d’éco-innover. On peut ainsi acheter un produit plus respectueux de l’environnement. Pourtant des fabricants ne savent pas toujours bien comment valoriser ce travail d’éco-conception(*) Que proposez vous comme solution ?
FB : L’aide à la communication environnementale constitue la troisième phase de notre démarche. Nous avons conçu une méthode dénomée PREUV® qui permet de concevoir ou de vérifier une communication liée à un produit éco-conçu. Une bonne communication environnementale doit être Pertinente, Renseignée, Exacte, Utile et Vérifiable. Nous évitons ainsi à nos clients de s’exposer à des critiques entre autres de l’Observatoire Indépendant de la Publicité pour des allégations environnementales non sécurisées. Le support de communication doit également être en phase avec le message et le produit.
MVD : Pouvez-vous nous parler de la formation Eco-design Ameublement&Déco spécifique à l’ameublement ?
FB : Cette formation est le fruit d’une rencontre entre les Cabinets ID2VI et EVEA Conseil. Le cabinet ID2VI bénéficie d’une expertise en Développement Durable spécifiquement dans la filière ameublement. De notre côté, EVEA Conseil accompagne de grandes marques telles que Leroy Merlin dans l’affichage environnemental. Nous avons aussi développé des outils d’ACV et proposons des formations d’éco-conception aux entreprises et aux écoles. Les synergies semblaient évidentes. Nous avons ainsi conçue une formation adaptée aux besoins spécifiques des professionnels de l’ameublement et décoration.
MVD : Concrètement, à qui s’adresse la formation Eco-design Ameublement&Déco ?
FB : La formation Eco-design Ameublement&Déco s’adresse autant aux designers qu’aux bureaux d’études de fabricants ou metteur sur marché. L’objectif est d’acquérir les bases de l’éco-conception et de l’intégrer dans le design. Nous proposons une partie théorique et des applications concrètes qui permettent à chaque participant de se projeter et d’imaginer des produits ou services éco-conçus.
MVD : Merci Fabien, pour vos explications sur l'éco-conception et à très bientôt.
* Voir l'entretien avec le Designer Didier Versavel


